12/02/2018

Mixed Zone : Psychologie de vestiaire

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Il faut parfois savoir faire preuve de psychologie, ma chérie, ma lumière, mon âme qui se trame au gramme, pique et pique et dame de cœur. Comprendre les autres, décrypter leurs motivations, se représenter de quelle façon ils sont amenés à réagir alors qu’ils n’ont pas eu la chance de naitre aussi beaux, aussi forts, aussi intelligents et aussi sympathiques que nous : tout cela nous aide à maintenir l’extrême richesse de la vie sociale hors du commun qui est la nôtre, amen.

Pour certains, toutefois, il s’agit là d’une démarche qu’ils sont incapables de mener seuls. C’est la raison d’exister de professionnels du bien-être personnel que l’on appelle des psychologues. Foin de toutes les ignobles médisances en fonction desquelles un psy entame ce genre d’études parce qu’il est dans l’incapacité de se comprendre lui-même : quand le tas de fumier qu’on a à déplacer est vraiment trop gros, on serait con de ne pas avoir l’humilité de demander de l’aide au garçon de ferme – et tant mieux s’il est un peu simplet, au moins il ne nous fera pas de l’ombre, déconner c’est fun mais l’exagération est nuisible en tout.

Ainsi, nous avons sûrement été nombreux à apprécier qu’Hein Vanhaezebrouck réclame l’embauche d’un psychologue. On dira même qu’il y a longtemps qu’il aurait dû envisager ce type de requête propre à lui apporter de quoi résoudre ses problèmes : patauger depuis des mois dans la choucroute comme il le fait ne ressemble pas à grand-chose, admettons-le.

On peut néanmoins se poser la question de savoir à quel motif il a dû s’ouvrir de cela dans la presse. D’une part, un minimum de pudeur n’aurait pas été déplacé car au fond des choses, il est le boss sportif du club et il est permis de se demander si, vu le vieux contexte machiste dans lequel baigne le foot professionnel, il est bien sage de faire ainsi aveu de faiblesse. Et de l’autre, on serait surpris d’apprendre qu’il ne jouit pas d’une assurance sociale en ordre de marche alors qu’à ma connaissance, la mutuelle prend autant en charge ce type de soin que quand tu souffres d’une pointe de sinusite dans le genou ou d’une entorse au maxillaire après avoir regardé un match du Standard.

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Plait-il ? « Se moquer encore des Rouches est déplacé car on ne vaut vraiment pas mieux qu’eux pour le moment » ? Ouais... Les temps changent, les gens et les joints passent, même le cul lasse et casse.

Mais soudain, tu te fais sévère.

– Ce n’est pas pour lui-même que Ketchup veut un psy », me jettes-tu un regard méprisant. « C’est pour ses joueurs ! »

Ah ? Je me disais bien que d’un seul coup, il laissait un peu trop facilement tomber sa morgue légendaire.

Toutefois... Un psychologue pour des joueurs de foot ? À mon humble avis, si on devait raconter ça à un manager de Premier League, il tomberait de sa chaise : entre leur amour du ballon, des jolies filles pas trop compliquées et de leur plantureux compte bancaire, ce qui anime les footeux n’est pas d’une complexité à se taper une élongation au cerveau.

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Ainsi, souviens-toi du 12 septembre 2017 à Munich : à la 10ème minute, désappointé de se voir aligner en défense centrale, Kums commet une faute dispensable sur Lewandowski. Pénalty, carton rouge et match définitivement orienté alors que la suite montrera qu’à onze, on aurait probablement pu espérer mieux qu’une défaite. Or ce samedi 10 février à Ostende, Dendoncker, positionné en défense centrale depuis trop longtemps et lui aussi contre son goût, fait le même geste – sauf que ce n’est pas dans la surface de réparation, on peut en avoir plein le cul sans pour autant vouloir précipiter le reste de l’équipe dans la tombe.

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Le message parait d’une absolue limpidité... sauf pour la presse : alors que tous s’étaient réjouis de voir comment Kums avait enculé Weiler, les journaleux tombent avec le même ensemble touchant sur la bosse à Dendoncker. On a du mal à piger la différence de traitement entre les deux évènements, mais soit... Si le comportement des journalisses sportifs était empreint d’un soupçon de cohérence intellectuelle, on l’aurait remarqué depuis longtemps.

Bref, tu saisis l’impact de la dimension psychologique, mon cher Hein ? À force de te regarder dans le miroir en te trouvant irrésistible et en n’imaginant même pas te remettre une seconde en question, ni t’interroger sur la pertinence de certitudes qui n’en sont que pour toi-même, tu n’as même pas vu arriver le coup.

Pis que cela, alors qu’on n’est qu’à quelques heures de la Saint-Valentin, tu n’as pas pensé que quelqu’un avait envie de te faire l’amour. Eh bien, c’est fait.

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