10/01/2018

Les Gens sans Foot : Pour en finir avec les fêtes

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Eh bien, voilà, elles sont terminées, en ce 8 janvier ! Donc, tu t’es chargée de ton cartable – le beau, qu’un gros malin a trouvé intelligent de t’offrir pour ta Noël – et tu as repris le chemin de l’école. Là, tu as trouvé une mine superbe au prof de math – il a sûrement passé le changement d’année en montagne, à moins qu’il ne soit parti visiter le Soudan avec Francken –, ce qui t’a profondément déplu. Ce fut toutefois une exception : chez la plupart des autres membres du cadre éducatif – lire « les pinailleurs avec leur accord du participe passé dans le cadre de la conjugaison des verbes pronominaux » ou encore « les épouvantables pour lesquels il est facile d’intégrer le fait que les molécules organiques contiennent souvent des atomes d’hydrogène, d’oxygène et d’azote » –, tu as noté la profondeur accentuée des poches sous les yeux, le teint brouillé et l’halène de camion poubelle, sans compter une certaine propension à s’alimenter de Rennies dont ils font passer le goût de menthe chimique en buvant un coup à une petite bouteille de Gaviscon.

Tu dis, chérie ? Ma dernière phrase est un peu trop longue pour être facilement lisible ? Moui... Personne n’a été épargné par cette période de l’année au cours de laquelle on mange trop, on boit trop et on fait trop peu d’exercice.

– Mais pourquoi ? », me demandes-tu.

Oui, pourquoi ce déchainement d’huitres, de foie gras, de terrines diverses, de Sauternes, de Monbazillac, de profiteroles, de crème glacée et de vieil Armagnac – ne pas confondre avec vieillard maniaque, Harry Weinstein sors de ce corps où tu es entré à l’insu du plein gré de sa propriétaire –, finalement clôturé par un gâteau des Rois qui te reste sur l’estomac car tu sais quand tu commences à en manger, mais pas quand il convient d’arrêter...

– Eh bien, ce sont les fêtes...

– Joue pas au con avec moi, Chilou de mes deux, tu es sûr de perdre ! Tu détestes tellement les bondieuseries que tu te refuses même à reconnaitre la signification religieuse de cette période.

Pfff... Je fais quoi, là ? J’explique, je détaille, je satisfais sa soif de connaissance ou je retourne me coucher ?

« Explique, ducon, sinon je te fais tâter de la cravache que tu m’as offerte pour mon bien au Nouvel An ! »

Oups... Plus question de tergiverser, là.

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D’une façon générale, l’histoire de l’humanité fut fortement marquée par le moment où, après avoir vécu de chasse, de pêche et de cueillette pendant longtemps, l’être humain s’assit sur un caillou qui passait par là et se dit « Tiens, plutôt que courir derrière ces satanées bestioles qui apparemment, n’aiment pas trop se faire manger, pourquoi n’en enfermerais-je pas quelques-unes derrière des barrières ? Ce serait plus pratique : quand j’aurais envie de mon quatre heures, hop, j’en zigouillerais une et l’affaire serait dans la poche sans que je ne doive leur galoper aux fesses comme un dératé ».

T’ayant vu faire, la copine au pote du cousin de ta belle-sœur – non pas celle avec une verrue sur le nez, l’autre, celle qui a les jambes arquées – remarqua que tes bébêtes avaient tendance à perdre du poids au fur et à mesure que le temps passait. Comme c’était une petite futée, elle avait aussi vu que quand un fruit pourrissait sur le sol, une pousse d’arbre grandissait à cet endroit l’année suivante. Donc, elle envoya Charles et Michel, les jumeaux mal achevés que sa colloc avait eus après s’être fait sodomiser par son père, récolter des fruits pourris et les déposer dans l’enclos que tu avais bâti.

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La civilisation agricole était née. Et avec elle, non seulement les garçons de ferme un peu benêts, mais aussi le travail, tout comme le pognon. Car si j’ai bien de la bidoche mais que je n’ai pas assez de patates pour pouvoir m’entifler un steak frites tous les jours, on échange, non ?

Heureusement, le travail, ce n’était pas tout le temps. En hiver, par exemple, avec le sol dur comme le crâne de ta belle-mère, bien le bonjour si tu espérais faire quoi que ce soit : tu avais essayé, mais ta pelle avait déclaré forfait et tu t’étais ramassé une belle engueulade, car « Merde, ça coûte ce genre de truc, tu crois qu’on a gagné à EuroPiastres, ou quoi ? »

Donc, l’hiver, tu te les roulais au lieu de te les secouer. Alors, tu te mis à observer. Tu contemplas tifs, tu matas Henri, tu reluquas reloqueter... Et tu trouvas bizarre que les jours fussent si courts. Puis, tu notas que le 22 décembre, c’était le jour le plus riquiqui. Tu réfléchis longuement... L’année suivante te conforta dans ton audacieuse déduction : c’était aussi la nuit la plus longue. Comme tu t’emmerdais un peu, tu te dis, tiens, si on faisait une fête pour célébrer cette trouvaille ? Bon, ça ne fut pas du goût de tout le monde : ta femme trouvait que ce serait plus sympa de fêter le 25, car à partir de cette date, les journées commencent à s’allonger.

Tu sourcillas : elle avait raison, mais s’il se couchait plus tard, le soleil continuait de se lever plus tard aussi ! Dès lors, tant qu’à faire, tu estimas qu’il ne serait pas plus con de fêter le 6 janvier, date à partir de laquelle le soleil commence à se lever plus tôt – espèce de grosse feignasse, depuis le temps qu’on attend que tu sortes de tes plumes à une heure décente...

Tu en causas à ta meuf, puis vous tombâtes (t’es beauw) d’accord : on fêtera les deux jours ! Ils sont suffisamment éloignés pour qu’une gueule de bois n’interfère pas de l’un sur l’autre, puis de toute façon, comme tu n’avais quand même rien à foutre, autant rigoler deux fois plutôt qu’une.

Puis, janvier se mit en branle, parce que c’est le terme qui convient. Et lentement en plus : qu’est-ce que tu te faisais chier ! Surtout qu’en foot gaélique c’était la trêve et qu’il n’y avait jamais rien sur cette putain de télé préhistorique, à part Jurassic Park que tu avais vu et revu, ou La Guerre du Feu dans laquelle tu n’avais jamais apprécié que le passage « viens donc voir un peu par ici, toi » dans la rivière.

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Désœuvré, tu comptas et recomptas tes réserves. Ça faisait passer le temps même si ça ne servait pas à grand-chose, sauf à te dire qu’il vaudrait mieux économiser le filet d’auroch mais qu’en revanche, tu pouvais y aller pour ce qui concernait les rutabagas. D’un seul coup, tu eus une idée : il restait pas mal de beurre, du lait et du froment.

– Si on invitait les voisins ? », interpellas-tu ta douce moitié.

– Pourquoi faire ?

Non, mais quelle emmerdeuse, franchement !

– Ben, pour rigoler un coup : on se pèle le jonc, là...

– Ah ouai, cool ! », réagit-elle positivement. « On pourrait faire un barbecue ».

Bonjour le sens des réalités ! Pour se retrouver avec plus rien comme barbaque d’ici à la fin de l’hiver ? Putain, elle n’a vraiment qu’un petit pois dans la calebasse !

– Laisse tomber, le but n’est pas de les engraisser ! Fais-nous plutôt des crêpes !

– Bonne idée, les enfants adorent ça ! Mais il faudrait donner un nom à cette fête, sinon tout le monde va trouver ça bizarre !

Un nom... Où voulait-elle que tu déniches un nom, cette grosse maligne ? En attendant, les fayots de midi t’avaient donné des gaz. Tu levas une fesse...

« Chandeleur ? », réagit ta femme. « Où diable es-tu allé trouver un nom pareil ? »

La vie t’avait appris la prudence. Tu restas évasif.

 

Ce qui précède peut évidemment être entaché de quelques approximations sur le plan historique... Il n’empêche qu’il est certain qu’en substance, c’est ainsi que sont nées les fêtes. Le tableau suivant ne souffre guère de discussion :

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Sur fond jaune, les trois grandes fêtes qui tournent autour de la fête de Pâques, ou encore « le dimanche qui précède le lundi suivant immédiatement la première pleine lune après le 31 mars ». Notons que le carême tombe au bon moment : les réserves constituées pour l’hiver sont en déclin. Pour certains, c’est une période de disette forcée, pour d’autres, se priver est une marque de respect – ou d’avarice – envers les premiers.

On remarque que les grandes fêtes solaires ne sont quasiment pas célébrées : si la Saint-Jean d’hiver l’a toujours été, plus ou moins marginalement, ni le solstice d’été ni les équinoxes ne font l’objet de fêtes. Cela se comprend : en tant qu’agricules, on avait autre chose à faire que la nouba à ces époques de l’année.

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À un moment donné, toutefois, l’être humain décida qu’il était temps de codifier toute une série de phénomènes qu’il ne parvenait pas à s’expliquer, et en premier lieu « Que va devenir tout ce que j’ai appris, tout ce que j’ai en moi, une fois que ma vie s’achèvera ? Est-il imaginable que mes connaissances, mon expérience, tout quoi, est-il pensable que cela mourra avec moi ? Quel gâchis ! »

– Rassure-toi, grand garçon », le réconforta un petit malin, « tu emporteras cela avec toi dans l’au-delà. Et maintenant, cesse de te poser des questions à la con, et retourne bosser ! »

Car il est malheureusement avéré que la religion a toujours été favorable au pouvoir en place. Dans cet ordre d’idées, les fêtes n’étaient pas vues d’un bon œil par le monde religieux : ripailles qui dégénéraient souvent en orgies avec consommation de euh... substances diverses – la découverte des vertus magiques de l’alcool et de certains champignons n’a vraiment rien de récent –, elles ne cadraient vraiment pas avec le mot d’ordre de base de toutes les religions, qui n’est autre que « plus tu souffres maintenant, mieux tu seras après ».

Dans l’impossibilité toutefois, de froidement supprimer les fêtes, les religieux résolurent de se les approprier, tout en les entourant d’un décorum propre à les sanctifier – et donc à éliminer le plus possible ce qui plaisait tellement aux fêtardes et aux fêtards tant il est vrai que de tout temps, l’être humain n’a jamais rien tant aimé que s’arranger la tronche.

C’est ainsi que ces anciennes fêtes d’origine païennes, sont parvenues jusqu’à nous... sous une forme religieuse qu’il serait bien vain de tenter de renier à un quelconque motif. Ce qui, si je puis me permettre de t’adresser un petit clin d’œil, nous poussera donc à célébrer d’ici trois semaines, la fête de la Chandeleur (Maria Lichtmis en néerlandais, si tu en ignorais un contexte religieux peu apparent en français).

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