18/10/2017

Troubled Zone : Balance ton cor !

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Et ton corps, man ! Tu peux y aller gaiement et montrer que la joie t’habite : personne n’a deviné que tu t’appelles Marcel.

Pour reprendre les termes d’une dame que je n’ai pas l’honneur de connaitre personnellement et qui ne me connait pas plus, mais dont il m’arrive de lire les tweets :

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Les mots sont ce qu’ils sont. En l’occurrence, le raccourci parait quelque peu audacieux : non, on n’a pas attendu si longtemps pour savoir que dans certains cas, il arrivait que. Mais en effet, dans l’esprit de la plupart des gens, il ne s’agissait là que de pratiques perverses réservées à des grosses salopes arrivistes et à des sex-maniacs aussi glauques qu’omnipotents avec lesquels elles formaient, en définitive, des couples plutôt bien assortis. Ou encore : putain, pourquoi ils mettent toujours les pages sportives à la fin des gazettes tandis que celles du début prennent un malin plaisir à se replier de traviole ?

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Puis, on se souvient. On se souvient de faits que l’on s’était efforcé de juger sans importance au moment où ils sont survenus – ou du moins, peu après :

M Un jour, je découvris que j’avais été mal noté par ma supérieure alors que, jusqu’à ce que je me réfugie derrière mon mariage pour échapper à son insistance – ne ris pas, mon effarouchée, ma candide, mon oie blanche, j’étais bien jeune –, j’avais accumulé les évaluations flatteuses. Cet épisode me laissa quelques arrière-pensées amères, mais après tout, peut-être n’étais-je pas assez bon dans mon job... Je décidai de mieux me concentrer ; tout se calma après quelques jours supplémentaires de remarques acerbes. Je finis par me dire que j’avais sûrement franchi un palier dans mon expertise professionnelle...

M Quelques années plus tard, je dus bien constater qu’une secrétaire de ma boite avait bénéficié d’avantages financiers significatifs après être devenue la petite amie – « maitresse », ça fait tellement vieux dégoûtant – de mon associé. Je posai quelques questions à ce dernier sans trop insister car je considérais que l’on était au moins partiellement dans le domaine privé. Honnêtement et pour autant que je me rappelle, j’avais surtout trouvé que l’on avait disposé avec une certaine légèreté du pognon que je ramenais dans notre business : j’ai toujours considéré que l’être humain est libre de laisser parler son corps comme il en a envie, et pour ce que j’en savais, si ces deux là se trouvaient des sympathies horizontales, qu’ils fassent un peu d’exercice ne pouvait que leur être profitable.

171017 TZ Balance to cor 4.jpgToutefois, quand leur affaire tourna court, elle renversa, plusieurs jours d’affilée, le café qu’elle lui apportait sur des documents qui trainaient sur son bureau. Elle quitta la société sur un arrangement à l’amiable. En fait, peut-être pas si « à l’amiable » qu’elle l’aurait voulu car par la suite, nous eûmes droit à une série de contrôles administratifs. Or tu sais comment ça fonctionne dans ces cas-là, mon expérimentée, ma routinière, ma blanchie sous le harnais : tu as toujours essayé de bien faire, mais en plus qu’ils puent des pieds, pour ces emmerdeurs, rien n’est jamais assez bien.

Certains des autres employés (des deux sexes) firent rapidement le lien, en traitant cette femme de sale pute, de boudin frustré, de tout ce qu’on veut, sauf quoi que ce soit de sympa. Ils étaient peut-être dans le vrai. Ou pas : je n’ai jamais rien eu d’officiel en main qui puisse me confirmer qu’elle était à la source de ces tracasseries. Et quand bien même l’aurais-je eu : à la réflexion – bien plus tard, donc –, la relation qu’elle avait entretenue avec mon associé était-elle vénale, forcée, ou avait-il seulement voulu favoriser celle qu’il aimait ? Enfin... S’il l’aimait, bien sûr.

M Instruit par l’affaire précédente, je décidai de faire très attention à la manière de laquelle je me comportais avec le personnel féminin : finies les histoires graveleuses au lunch de midi, terminés les sous-entendus un peu gras à l’heure de finir de travailler, adios les compliments sur les fringues du jour, etc.

Cela n’empêcha pas une dame que j’avais embauchée, de raconter à une de ses amies – qui s’amusa beaucoup à venir me le répéter – que je lui avais fait sentir à de nombreuses reprises que j’avais envie de coucher avec elle. Pour ce qui concernait l’envie, ce n’était pas complètement faux, mais je ne m’en étais jamais ouvert à qui que ce soit et j’avais toujours agi avec respect et de façon que personne, et surtout pas elle, ne puisse se rendre compte de mon attirance pour elle. Plait-il, ma sceptique, ma ricaneuse, mon incrédule ? Non, rien de tout cela : pas de main qui traine distraitement, pas de petite touchette par inadvertance, pas de regards de merlan frit sur sa jolie frimousse, pas de traitement de (dé)faveur à son égard. Mais peut-être mes talents de comédien ne sont-ils pas à la hauteur de mes espérances... Bref, comment faire pour ne pas mal faire quand on éprouve des sentiments à l’égard de quelqu’un de si proche... et de si lointain ?

––––

 Je n’ai couché qu’avec une seule femme avec laquelle j’avais un rapport – ténu, de plus – d’autorité. J’ai divorcé, pas de gaieté de cœur, mais j’avais un choix à opérer. Nous avons vécu sept ans ensemble et nous avons eu un fils qui fait notre fierté, au même titre que mes trois autres enfants. Car j’ai trois filles aussi, toutes plus magnifiques l’une que l’autre, avec lesquelles cette femme s’est toujours comportée avec beaucoup de gentillesse ainsi qu’en témoignent les relations agréables qu’elles entretiennent toujours.

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Si la lutte féministe apparue aux côtés du Mai 68 que j’ai connu d’assez près, m’avait interpelé à l’époque, le fait que trois de mes enfants puissent être considérées comme des êtres de second plan a achevé de me donner des boutons quant à l’attitude machiste et patriarcale globale de la société dans laquelle nous vivons. Malheureusement, je suis bien dans l’obligation de reconnaitre que j’en suis moi-même le produit, et que ce soit à mon corps défendant, osé-je me trouver des circonstances atténuantes, ne me libère pas l’esprit pour autant.

Je sais ainsi parfaitement que faire à manger, faire le ménage, faire la vaisselle sont des tâches qui m’emmerdent au point le plus haut et que si je peux lâchement profiter de la bonne volonté de quelqu’un d’autre pour m’en décharger, j’éprouve beaucoup de mal à ne pas me conduire comme un gros beauf. Si on ajoute à cela que faire un lit me pompe l’air, que repasser du linge me décourage et que rabattre le couvercle du joke me parait d’une inutilité confondante, on déduira facilement que je me situe malheureusement bien à l’écart des bases mêmes de l’attitude féministe dont j’aime à me revendiquer...

D’autant plus que quand je gérais une société qui employait du personnel, j’aurais volontiers distribué gratuitement des pilules anticonceptionnelles à tout le monde – enfin, pas aux mecs, il faut rester prudent en regard de l’ignardise de certains. Par la porte ou par la fenêtre, on ne trouvera pas un seul employeur belge qui sautera de joie en apprenant qu’une de ses employées est enceinte : s’il y a des choses que l’on se doit de taire par respect pour la Vie, il n’en reste pas moins que dans une petite boite, être privé des services d’une personne pendant près de quatre mois tout en lui versant un complément de salaire, n’a rien de drôle. D’autant plus que viendront souvent s’ajouter des frais d’embauche et de formation d’un employé intérimaire.

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Que l’on ne se méprenne pas : il n’y a ni acrimonie ni surtout, désir de culpabiliser qui que ce soit dans ce qui précède ; seulement la description d’une situation telle que la vit une PME à certains moments.

 

D’une façon générale, l’expérience me dit que les contacts entre hommes et femmes sont souvent peu limpides, et en particulier quand ils se situent dans un cadre où des rapprochements intellectuels sont aussi nécessaires que continuels.

En reprenant des exemples de la page Wikipédia consacrée à la « Promotion canapé », je me pose des questions embarrassantes :

! Un chef de service [...] aide une collaboratrice à préparer un concours. On comprend parfaitement comment cela peut être interprété, mais s’il ne le fait pas, ne se comporte-t-il pas en gros salopard dédaigneux et indifférent ? Pour ma part, j’ai aidé plusieurs personnes (des deux sexes) à plusieurs reprises, sans pour autant que cela ne débouche sur quoi que ce soit si on excepte une certaine complicité. Mais quand c’étaient des femmes, des bruits de couloir n’ont pas manqué de circuler...

! Un responsable de ligne-produit favorise une salariée rémunérée en partie à la commission en lui remettant des commandes directes. Bien sûr que cela m’est arrivé : il y a des moments où la persévérance et l’implication d’une personne méritent de se voir encouragées, me semble-t-il. Et si cela doit se faire en usant d’une entourloupette règlementaire, tant pis !

 

Je suis un mec normalement constitué. Il parait que dans ma jeunesse, j’étais bel homme – comme disent les femmes de mon âge à l’âge qu’elles ont. Je ne me suis jamais trouvé une gueule à faire la une d’un mag pour midinettes, mais admettons. De toute façon, pour ce que cela m’a apporté, je ne suis pas malheureux d’avoir vieilli.

Quoi qu’il en soit et malgré les années, je ne parviens toujours pas à situer où se trouve la frontière entre la drague et le harcèlement. Je me suis par exemple, toujours gardé de me montrer trop insistant – à mon estimation – quand une femme me plaisait. Jusqu’à d’ailleurs, me le faire reprocher à quelques reprises sur le mode « Quel arrogant péteux çui-là, il veut que je le supplie, ou kwè ? »...

Or, j’ai assisté à des scènes où des mecs que je connaissais, pratiquaient ce que je n’hésite pas à qualifier de « drague hard ». Et à mon grand étonnement – parce que franchement, si j’avais été une nana, le fâcheux se serait ramassé mon sac à main dans la tronche, et pas en douceur – cela marchait assez souvent : c’était d’un œil incrédule que je regardais ce nouveau couple s’esbigner rapidement pour une partie de jambes en l’air comme s’ils avaient toujours été d’accord sur ce point.

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Dès lors, je ne sais pas, je ne sais plus. Ou plutôt, chaque individu est tellement différent l’un de l’autre qu’il me parait compliqué de se faire une idée. Ainsi, le discours « Baise avec moi et tu auras ceci, cela... » n’est rien d’autre dans mon esprit qu’une incitation à la prostitution. Alors que paradoxalement, « Je suis sympa avec toi et je ne te demande rien en échange » est perçu par certaines personnes comme une marque d’indifférence voire de mépris à leur égard.

 

J’estime pour ma part, qu’après s’être complu dans l’angélisme pendant des décennies, on aurait tort de verser dans la diabolisation. Parmi celles – et ceux – qui se sont couchées – couchés – ou qui couchent encore, il n’y a pas que des victimes. Et parmi les autres, il n’y a pas que des naïfs – naïves – qui se sont fait vamper.

Ce qui n’enlève rien au dégoût qu’inspire l’attitude de quelqu’un comme Harry Weinstein. Ni à la question de savoir quelles auraient été les réactions aux mêmes faits si ce type avait été doté du physique d’Alain Delon...

171017 TZ Balance to cor 8.jpgDès lors, #balancetonporc, oui ! Beaucoup trop de gens se sont tus bien trop longtemps. Mais au cas par cas. Et #balancetatruie aussi, car l’abus de pouvoir, le mépris et l’objectisation de l’autre ne connaissent pas le sexisme.

Puis si des envies de chasse te prennent en cet automne, réfrène-les et #balancetoncor : on est en 2017, bon sang, c’est encore l’heure d’aller mettre fin à des vies en forêt ?

Et si c’est pour un autre motif que tu as tout lu jusqu’ici, accepte mes excuses et fais-toi soigner : on rêve tous de prendre notre pied le plus souvent possible, mais quand c’est douloureux pour l’un ou l’autre, c’est insupportable.

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