29/07/2017

Chilouvision : À la bolognaise

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Avoue-le : il y a exactement un mois et demi que tu l’attendais, cette reprise du championnat. Parce qu’on sait comment ça marche : les derniers jours de mai, tu laisses la pression retomber tout en réglant posément les merdes que le stress de la fin des play-offs t’a poussée à négliger. La première quinzaine de juin, c’est comme si tu étais en vacances, mais par la suite, tu te remets à rêver de courses croisées entre deux attaquants intenables, à te rappeler des pénaltys non sifflés bien que flagrants, à cauchemarder à propos de déchirures ligamentaires survenues à l’improviste lors d’un entrainement, ...

Juillet, c’est carrément l’enfer. Pourtant, tu fais comme les Français quand ils ont envie qu’on les prenne pour des Belges une fois : tu mords sur ta chique – pour information, une « chique » en Bruxellois, c’est pas ta nouille, hein, Parisien tête de chien, c’est un abcès dentaire. Et quand tu es un vrai de vrai, avec une paire bien accrochée, tu n’hésites pas à mordre dessus pour le faire exploser, histoire qu’il te fiche la paix !

Mais tout a une fin, comme tu te disais crânement quand ton prof de français t’obligeait à lire « À la recherche du temps perdu »[1] pendant tes vacances scolaires. Si bien qu’après la Supercoupe – aimable hors d’œuvre que tu vécus comme une mise en jambe – vint enfin l’habituelle conférence de presse d’avant-saison, prélude à ce premier match que tu attendais depuis si longtemps.

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C’est le sourire aux lèvres et l’haleine fraiche que tu parcourus la presse. Quelques déclarations te firent un peu sourciller car tu détestes par dessus tout, lire que « le Sporting a une meilleure équipe que l’an dernier, sur papier ». Depuis le temps où le Standard était champion sur papier au début de chaque saison – avec les années de vaches maigres, ils ont gagné un peu de modestie, c’est toujours ça de pris – tu t’es bien fixé les idées à ce sujet : le foot se joue sur du gazon.

Et là, les choses se présentaient un peu bizarrement : il doit bien exister des vidéos de matchs disputés par l’Antwerp la saison passée, mais pas dans la même division. Et pas sous les ordres du même entraineur non plus... En causant de lui, il est devenu comment, le Laszlo ? Il a un peu réfléchi depuis le temps où il félicitait Witsel d’avoir cassé la guibolle à Wasyl, ou bien c’est toujours le même enculé ?

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Tu hausses les épaules, mon optimiste, ma positive, mon insouciante... Et en dépit de l’état un peu bizarro des installations, le match commence. Et tu as vite pigé : tu me jettes un regard inquiet que je fais semblant de ne pas remarquer. Mais après vingt minutes de jeu, je te rejoins dans tes craintes : Bölöni a bien regardé la manière de laquelle le Sporting de cette saison manœuvre sous la houlette de Sven Kums. Et il a réagi préventivement avec autant de simplicité que d’efficacité, en massant du monde autour de Kums de manière à l’empêcher d’orienter facilement les relances.

C’est peut-être un peu dégueulasse à dire, mais je suis certain que si René Weiler avait mieux connu la mentalité de Bölöni, il aurait aligné Stanciu d’emblée pour laisser Kums sur le banc : ce genre d’entraineur ne fait pas de cadeau et comme il est trop tôt dans la saison pour qu’il connaisse vraiment les points forts et les points faibles de sa propre équipe, il a surtout veillé à transformer les qualités de Kums en défauts. Car si tout le monde aime voir jouer quelqu’un comme Kums, il rend prévisible le football pratiqué par l’équipe qu’il anime.

Néanmoins et en dépit de l’effacement de Kums, le Sporting l’aurait probablement emporté sans la performance de Bolat dans les buts de l’Antwerp. Voyons les choses en face : ce type dont j’ai toujours détesté les allures de matamore m’est apparu changé. Et pas seulement car il porte désormais la barbe : sobriété dans ses gestes, concentration maximale, visiblement très affûté physiquement... Parfois, les gens apprennent de leurs échecs.

On verra comment René réagira à ce revers – car quoi qu’il dise, perdre d’emblée deux points, ce n’est pas une demi-réussite. Mais dans mon esprit, il n’y a pas de joueur protégé au Sporting et Kums doit impérativement être placé sur le même plan que tout le monde. Tu dis ? Mais non, t’es dingue ? Je l’adore. Toutefois, il y aura des matchs pour lui et d’autres dans lesquels sa façon de jouer sera un handicap.

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Un petit mot enfin, à l’adresse de nos amis journalistes qui durent travailler dans des conditions pour le moins inhabituelles ce vendredi. Plait-il ? Ah ben ouais, déjà qu’ils ne paient pas leur place, se la ramener au motif que c’était un peu dur sous leurs fesses, c’est peut-être bien déconner en effet.

 

[1] À la recherche du temps perdu. Les années ayant passé depuis, tu t’es rendu compte que le pensum logorrhéique de Marcel Proust a ceci de commun avec « Das Kapital », de Karl Marx et Friedrich Engels : tout le monde en cause mais personne n’a eu le courage de le lire en entier. Autant dire que le temps recherché a été perdu pour de bon.

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