13/05/2017

Mixed Zone : Joli mois de mai

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Tu te souviens de l’après-guerre, baby ? Quoi ? Ah oui, juste, t’étais panée...

On a vécu dans une ambiance bizarro, jusqu’en mai 1968, quand est venue la grande révolution des mœurs, quand enfin, on a pu se fringuer comme on en avait envie, porter des cheveux de la longueur qui nous plaisait et envoyer se faire foutre toute une série de tabous d’un ridicule achevé. Quand enfin aussi, le monde dirigeant a commencé à avoir la pétoche de la populace qu’on était, et s’est dit qu’il lui faudrait prendre un peu plus en considération la manière de laquelle on avait envie de vivre – ou plutôt la façon de laquelle on ne voulait plus vivre.

Quand je te cause d’une ambiance bizarro, je ne tape pas à côté du clou : au début des années 1960, on avait connu les grandes grèves. Secrétaire Général de l’OTAN mais socialiste convaincu, l’ancien Premier Ministre Paul-Henri Spaak n’avait pas hésité à monter sur des assemblages de cageots pour haranguer la foule – ce qui n’avait pas manqué de choquer ma mère qui, si elle se montrait globalement d’accord avec ce qu’il disait, trouvait néanmoins cette attitude déplacée.

 Destiné à l’origine, à contrer l’austérité – eh oui... – prônée par un gouvernement de droite suit à la décolonisation du Congo, le mouvement était aussi revendicateur car la reconstruction avait marqué l’époque du sceau du plein-emploi. Mais d’une façon générale, il a surtout montré en définitive, qu’une grande partie de la population en avaient marre de subir en continu le diktat de conventions d’un autre âge en fonction desquelles on fermait sa gueule devant tout ce qui portait un képi ou même un chapeau, on se fringuait comme il faut le dimanche car c’était le Jour du Seigneur, etc. Parce que le catholicisme rigoureux et pontifiant persistait dans son rôle de donneur de leçon alors que les découvertes scientifiques se succédaient et pointaient du doigt le fatras de mensonges que l’Église avait accumulés au cours des siècles pour maintenir le bas-peuple dans l’ignorance crédule des moutons prêts à se faire tondre – ou égorger – en toute occasion.

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Puis survint la Crise des Missiles de Cuba. J’entends encore papa s’écrier « Bon, d’accord, on va de nouveau se retrouver en guerre, mais franchement, acheter cinquante kilos de sucre et des pâtes et de la farine à ne plus savoir où les stocker, est-ce vraiment raisonnable ? ». Je m’étais posé des questions. On avait la télévision à la maison, mais la RTB et la BRT étaient encore dans l’enfance et on ne captait la télé française que quand il n’y avait pas trop de nuages dans le ciel. Je ne savais pas du tout ce qu’était avoir faim – il me faudrait encore vivre durant plusieurs années avant de le savoir... – et je ne pigeais pas le moins du monde à quel motif il convenait de faire des provisions. D’autant plus que le paternel avait ajouté, sinistre, « De toute façon avec une bombe atomique sur le coin de la figure, la question sera vite réglée », avant de me passer la main dans les cheveux d’un air apitoyé.

Conséquence logique, les gueules s’allongèrent encore un peu plus, phénomène qui culmina quand on apprit l’assassinat en 1963, de John F. Kennedy, dont l’allure de jeune premier avait fait naitre des espoirs – bien naïfs – de nous voir enfin libérer de l’emprise des vieux croûtons qui faisaient la pluie et le beau temps en Europe.

170512 TZ Joli mois de mai 3.jpgPourtant, des fragrances sinon révolutionnaires, du moins révélatrices d’un besoin de liberté flottaient dans l’air. Les Beatles avaient popularisé la mode des cheveux longs – pour l’époque – et ça ne plaisait pas à tout le monde. Je me souviens encore qu’un monsieur âgé s’était levé précipitamment alors que je venais d’entrer dans un tram en me disant « Je vous en prie, mademoiselle, prenez ma place ! ».

Mais l’indignation outrée de ceux qui incarnaient tout ce dont on ne voulait plus, ne servit à rien d’autre qu’à alimenter la révolte. Et mai 68 survint : ‘Sous les pavés, la plage’, ‘Il est interdit d’interdire’, ‘Faites l’amour, pas la guerre’ – ne ris pas, ma blasée, mon ironique, ma connasse, c’était neuf à l’époque et ça faisait férocement grincer des dents du côté des culs bénits et des grenouilles de bénitier.

Soudain, le pouvoir de la rue faisait plus que trembler sur ses bases, la gérontocratie ultra-catholique française personnifiée par le Général de Gaulle, tandis que, bien aidée par la commercialisation de la pilule anticonceptionnelle, toute une génération voulait vivre la ‘Libération Sexuelle’ de Wilhelm Reich.

D’un seul coup, la vie prenait un autre sens. Des voix insistaient pour que les gens simples aient plus de contrôle sur le monde politique, cependant que, bien que vainqueurs en définitive, les conservateurs, les arriéristes et les réactionnaires de tout poil, faisaient profil bas.

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J’ai eu 16 ans en 1969. Dois-je vraiment t’en dire plus ? J’ai vécu depuis lors en suivant scrupuleusement des principes de vie dont je ne me déferai pas :

Œ   Ne fais jamais confiance à une personne de plus de trente ans – d’âge mental, ai-je égocentriquement corrigé depuis – car elle a perdu sa fraicheur, sa candeur et son honnêteté en se faisant avoir à de trop nombreuses reprises.

  Mon corps n’est pas sale au sens où le monde bien pensant l’entend. La nudité en soi n’a rien de vulgaire ni de répréhensible. Seuls des esprits mal tournés et déviants peuvent y voir ce qu’ils appellent honteusement une ‘incitation à la débauche’. La débauche, la vraie, consiste à vouloir faire faire à des gens, des choses dont ils n’ont pas envie – comme par exemple, se faire tirer une pipe par un enfant de chœur.

Ž L’amour physique bien compris rapproche les gens les uns des autres et fait naitre entre eux, une forme d’affection que seules de nombreuses années peuvent éroder. En revanche, la fidélité sexuelle obligatoire ne repose sur rien d’autre que des conventions dérisoires. Dans l’absolu, si je t’aime, je n’ai envie de personne d’autre. Mais qui suis-je, pour vouloir que tu éprouves à mon égard, les mêmes sentiments ?

  L’argent salit tout, des amitiés les plus tenaces à la vie elle-même, en passant par l’amour du travail que tu exécutes. La prostitution consiste à faire quelque chose que tu n’aimes pas faire, avec pour seul objectif de ne pas crever de faim ou pis encore, par peur de t’exposer aux sanctions des salopards de souteneurs de tout ordre qui ricanent en t’ensevelissant sous les coups ou les recommandés – on cicatrise plus vite des premiers.

 

Dès lors, quand je vois qu’on a laissé au fil du temps, les maquereaux s’en foutre plein les poches en ponctionnant sans vergogne, des entreprises qui étaient supposées nous permettre de vivre mieux comme les intercommunales, ou quand j’apprends, ébahi, que des jeunes sportifs prennent – en 2017 ! – leur douche en slip par peur d’on ne sait quoi, j’ai envie d’aller mettre le feu aux églises, aux mosquées, à tous ces endroits où des sales enculés prennent plaisir à déboussoler des enfants. Ou à aller dynamiter les tristes palaces dans lesquels nos hommes politiques démocratiquement élus, comptent leurs millions malhonnêtes.

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Mais certainement pas à voter pour l’extrême-droite. Car le monde était peut-être plus cool avant, mais vraiment pas à l’époque à laquelle ces merdes réactionnaires voudraient nous voir revenir.

 

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