11/05/2017

Troubled Zone : Terrorisme

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Dimanche dernier, je m’en vais admirer la splendide performance du Sporting contre Zulte Waregem. Quoi ? Dans toutes les gazettes, tu as lu que le match était nul à chier ? Ouais, les journaleux exagèrent toujours un peu, dans un sens ou dans l’autre : il leur faut des titres ronflants sinon leurs feuilles de chou se vendent moins bien que les torchons de la concurrence et ils se font virer...

Donc, match au stade Constant Vanden Stock. Odeurs de saucisses en train de cramer, parfums de frites, gobelets de bière, je ne te fais pas un dessin, le jour où tu as envie de voir à quoi ça ressemble, je te donne l’adresse de la billetterie du club. À l’embranchement de l’avenue Théo Verbeeck, ma fliquette préférée est en grande conversation avec deux militaires qui semblent s’emmerder comme des rats morts dans l’ombre d’un blindé haut sur pattes. Comme d’hab...

Bisous, bonjour messieurs, on vous racontera les goals en revenant, sourires indulgents, tchaow.

À l’entrée, un panonceau nous rappelle que les sacs de quelque sorte que ce soit, sont interdits dans l’enceinte du stade. Puis c’est la fouille... Bon, depuis le temps que ça dure, on finit par se reconnaitre. Je me dispense donc de mon « La dernière fois, c’était une jolie blonde, elle est malade ou quoi... » que tout le monde a fini par comprendre, même celui qui me fouille, puis je me dirige vers ma place du pas conquérant qui ne cesse de t’émerveiller, mon admirative, ma fervente, ma présidente de mon fan-club.

En marchant, une réflexion malsaine s’impose à moi : j’aurais eu, glissé dans ma ceinture contre mon dos, un bon vieux Colt Python ou même le costaud Herstal GP de mon service militaire, que personne ne s’en serait aperçu. Rien de bien surprenant, en vérité : on sait depuis toujours que les mesures exceptionnelles doivent le rester. À partir du moment où elles font partie de la vie courante, la nature humaine s’en accommode, elles deviennent routine et on les bâcle. Parce que franchement, palper des mecs à la chaine, ça fait chier, et pas que ceux qui sont fouillés. Tu dis ? Tsss... On est en 2017, l’homophobie c’est mal.

Quelque part, donc, je me dis que les terroristes ont loupé leur coup... Puis je repense à ce film des années 1990 et à son contenu, qui m’avait fait dresser les cheveux sur la tête.

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Condamné à la prison à vie pour avoir fomenté l’attentat de Peteano[1], le terroriste italien d’extrême-droite Vincenzo Vinciguerra déclarait en 1992[2] :

« Peteano était un acte de guerre, dont la motivation est simple à comprendre. Le corps de police et le pouvoir politique qui ont la mainmise sur les services secrets et sur les forces de sécurité, ont manipulé le néofascisme italien, et ce depuis longtemps – je dirais 1945 ou 1946. Peteano représentait un acte de révolte contre cette manipulation. C’était une vengeance contre l’État.

« Quand on était militant de [l’extrême-] droite, on n’était pas supposé attaquer l’État ni ses représentants. Au contraire, on devait s’en prendre à des civils, à des femmes, à des enfants, à des innocents complètement étrangers à la sphère politique. Afin qu’ils se tournent vers l’État et lui demandent d’assurer leur sécurité.

« C’était précisément le rôle dévolu à la droite [extrême] en Italie. Elle s’était mise au service de l’État qui avait lui-même conçu ce que l’on a appelé la ‘Stratégie de la Tension’. Le but poursuivi était de faire accepter à la population, le fait qu’à n’importe quel moment entre 1960 et le milieu des années 1980, on aurait pu proclamer l’état d’urgence. Dans un tel contexte [de peur], les gens auraient échangé volontiers une partie de leurs libertés contre plus de sécurité, pour pouvoir sans crainte, marcher en rue, prendre un train ou entrer dans une agence bancaire.

« C’est la logique politique qui a sous-tendu tous ces attentats à la bombe. Et s’ils sont restés impunis [pour la plupart], c’est seulement parce que l’État ne peut pas se condamner lui-même ».

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Toute ressemblance avec des faits s’étant passés nettement plus récemment ne peut être que fortuite : l’Histoire n’est pas supposée repasser les plats. Quoique... Le niveau d’alerte 3 qui perdure indéfiniment à un point tel que les militaires en armes font désormais partie du paysage des stations de métro, les écoutes téléphoniques banalisées, la suppression du secret bancaire, les fouilles dans les gares et dans les aéroports... C’est dans le but de garantir notre liberté, évidemment !

 

Plait-il ? Le match ? Bah, 2-0. Le Sporting n’a pas été terrible mais par le passé, on perdait des points dans ce genre de rencontre.

 

[1] Attentat de Peteano : Le 31 mai 1972, le commissariat de Peteano, village du nord-est de l’Italie, reçoit un appel téléphonique anonyme signalant la présence d’un véhicule au pare-brise criblé de balles le long d’une route de campagne. Dépêchés sur place, trois policiers sont tués par l’explosion de la voiture.

[2] Operation Gladio, film documentaire (1992) d’Allan Frankovich.

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