13/03/2017

Chilouvision : Tout est pardonné !

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De toutes les personnes dont j’ai eu à subir les foudres au long de ma vie, il est au moins une race que je n’ai jamais pu piffer : celle des entraineurs de foot.

Tu vois de quoi je veux causer, ma connaisseuse, mon expérimentée, ma psychobrolesque ? Oui, ceux-là. Ces rastaquouères qui restent plantés le long de la ligne de touche et qui se défoulent à te hurler dessus à chaque fois que tu reprends ton souffle, qui semblent prêts à te balancer des fléchettes dans le gras du bide dès que tu manques un but soi-disant tout fait et qui prennent plaisir à te balancer en continu des « À gauche ! À droite ! Reste devant ! Reviens ! » et autres injonctions tous plus impératives les unes que les autres. Le tout sur un ton d’adjudant en plein délire hystérique, histoire de te faire bien regretter de ne pas avoir choisi de passer ton après-midi pelotonné dans les bras accueillants d’une petite à la peau veloutée et au sourire tendre.

Pour te dire les choses comme je les ai toujours ressenties, il ne s’agissait dans mon esprit, que d’une clique de vieux cons rendus grincheux par la fin de leur jeunesse et qui s’en vengeaient sur ceux qui étaient encore en âge de taper dans un ballon. Voyons les choses en face : je n’ai rien d’un scandaleux et j’ai dès lors fermé ma gueule plus souvent qu’à mon tour quand on me demandait mon avis sur l’un ou l’autre de ces grands savants du foot. Ou du moins, j’ai aimablement édulcoré le fond de ma pensée avant de m’exprimer... Ce qui n’empêche qu’un grand sourire intérieur m’a illuminé à de nombreuses reprises en voyant ces zozos élaborer des tactiques savantes et des stratégies alambiquées que la moindre taupe, le plus petit coup de vent ou un hoquet mal maitrisé foutaient par terre sans cul faire rire.

170312 Tout est pardonne 2.jpgPourtant, j’ai bénéficié de quelques leçons d’une haute portée pédagogique, ne crachons pas dans la soupe : certains soirs de semaine quelque peu arrosés, j’ai appris. Vraiment ! J’ai pu assister dans mes jeunes années, au grand déballage de la science de Raymond Goethals en personne, avec force cartons de bière personnifiant des joueurs – aux noms dûment estropiés, bien entendu – étalés sur les tables du Clubhouse du Sporting ! Mais bon... Dans mon esprit, le foot, c’est et ça a toujours été que les arrières jouent derrière, les médians au milieu et les attaquants devant. Tu dis ? Ouais, le gardien de but dans son goal.

Partant de cet indiscutable schéma, on peut évidemment commencer à se marrer un peu et à faire chier l’adversaire en organisant quelques permutations ponctuelles de façon à être plus nombreux en défense pour contrer les dérisoires velléités offensives des autres – ces ridicules paltoquets –, ou à faire de même en attaque afin de leur mettre leur nez dans leur caca, mais reconnaissons-le : il n’y a pas là de quoi susciter l’admiration béate de ta belle-mère.

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Dès lors, quand, l’été dernier, Herman Van Holsbeeck a présenté René Weiler à un public ébahi de ne jamais avoir entendu parler du quidam en question, je me suis dit pourquoi pas en fait, lui ou un autre... Puis, je me suis grouillé de me trouver un petit resto proposant de la fondue, de la raclette et des röstis, car tout ce que tu as déjà eu, ma sereine, ma posée, ma spécialiste du ‘vafanculo tutti’, personne ne pourra te le reprendre.

D’un seul coup toutefois, la vérité m’a frappé de plein fouet : un Schweizi, putain ! Des Helvètes, j’en connais quelques-uns et nous avons toujours entretenu des rapports amicaux. La plupart sont des Valaisans francophones, dont déjà, j’ose dire qu’ils sont bien carrés pour nos habitudes belgo-belches... Or, eux-mêmes m’ont toujours décrit leurs compatriotes alémaniques comme des êtres « beaucoup trop carrés pour être supportables ». La déduction fut instantanée, en dépit de l’aspect plutôt souriant du personnage : soit le Sporting s’adapterait à lui, soit il ne ferait pas long feu car lui-même prendra pour autant d’insupportables incongruités nos sempiternels « c’est déjà bon comme ça, à chaque jour suffit sa peine et ce qui n’est pas fait aujourd’hui, on verra demain ».

Tu connais le RSCA : à chaque fois que quelqu’un de nouveau ou d’extérieur pointe son nez, on lui montre et on lui remontre les glorieux trophées récoltés par le club au long de sa riche histoire... Je ne sais pas combien de fois Weiler s’est vu servir le même discours avantageux mais toujours est-il qu’à un moment, son tempérament de Schweizi a pris le dessus : « Ach, che m’en vous te l’hizdoire tu glub ! », put-on lire le lendemain dans les gazettes. Inutile de dire que certains avalèrent de travers, d’autant plus qu’il fallait aller chercher dans les petits caractères pour lire qu’il avait ponctué d’un « Che ne zuis bas fenu izi bour lire l’hizdoire mais bour l’égrire ! » qui pourtant me plut beaucoup.

La suite est connue : Stefano Okaka et sa réflexion en italien, allant approximativement dans le même sens que ce que j’ai toujours pensé des entraineurs – mais je sais, moi, que les Suisses parlent tous peu ou prou, l’italien. Le brassard de capitaine de Sébastian De Maio et ce que l’on pourrait assimiler à un limogeage après son match pénible contre Rostov. La fuite éperdue de Steven Defour et de Sylla... Puis, l’agacement de la presse devant les « Il vaut tu demps bour vormer une éguibe, baziendez tonc un beu », de Weiler, Philippe Albert qui explique à tout le monde qu’à Anderlecht, on n’a jamais le temps... Et les matches hésitants qui se succèdent, entre des évolutions collectives sans grâce et des succès pénibles ou surfaits comme le 6-1 contre Mayence (03/11/2016), jusqu’à la défaite bien merdoyante à Waregem (3-2, le 20/11/2016)... Suivie d’une espèce de déclic quelque peu chanceux à Qäbälä (1-3, le 24/11/2016), à l’issue duquel le groupe semble s’être réellement formé, malgré un creux en début d’année (RSCA – Standard 0-0 le 29/01/2017 et Lokeren – RSCA 0-0, le 03/02/2017).

Tout le monde a pigé désormais : en dépit de quelques réactions parfois excédées jusque dans les plus hautes sphères anderlechtoises devant sa personnalité méticuleuse aux limites de la psychorigidité, René Weiler fait l’unanimité. Cela ne signifie pas que le Sporting #SwissMade va remporter le titre au mois de mai, avant de s’adjuger l’Europa League les doigts dans le nez, mais nombreux sont ceux qui considèrent qu’effectivement, ce que Weiler a réalisé force le respect. Car en moins d’une saison, il a formé quasiment deux équipes aussi compétitives l’une que l’autre au départ d’un vestiaire qui avait tous les aspects d’une pétaudière.

Je me vois dès lors dans l’obligation de réviser mon jugement à l’égard des entraineurs... Enfin, pas de tous, ne déconnons pas !

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Plait-il ? Le match de ce dimanche 12 mars contre Waasland Beveren ? Bah... Les gens heureux n’ont pas d’histoire : remarquablement articulé autour de l’inoxydable Leander Dendoncker, le Sporting fonctionne bien, marque en moyenne un but toutes les 40 minutes et termine la saison régulière en tête. Tu te souviens de tes grincements de dents d’il y a quelques mois ?

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