26/01/2017

Chilouvision : Fosses-la-Ville, mon cher souci

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Comme tu n’as sûrement pas manqué de le remarquer, ma sagace, mon attentive, ma détective, je n’ai pas beaucoup écrit sur le foot ces derniers temps. Non que le sujet ne m’inspirât plus, bien au contraire, mais bon, on n’a que vingt-quatre heures par jour et, comme aime à le faire remarquer la boulangère avant de se mettre au grand nettoyage, il y avait du pain sur la planche... Ne nous voilons toutefois pas la face : les nombreuses réactions négatives enregistrées à la fois dans la presse et parmi les supporters, m’auraient placé dans une position peu confortable. Parce que l’observation strictement objective du jeu des Mauves – pas des résultats, lesquels sont globalement encourageants – m’aurait contraint à emboiter le pas aux râleurs. Cependant que mon ressenti personnel était assez nettement différent.

Depuis plusieurs semaines en effet, on a l’impression de plus en plus marquée que la vie du club a changé d’orientation. Il n’y a pas si longtemps, en effet, René Weiler partageait avec Herman Van Holsbeeck, le triste privilège d’être la cible de toute une série de critiques plus ou moins justifiées...

Le problème du gardien de but. Nombreux furent ceux qui regrettèrent – pour rester modéré dans l’expression – le départ de Silvio Proto. Et dans la foulée, la titularisation de Davy Roef, un jeune homme doué mais manquant singulièrement d’expérience.

Proto ne pouvait rester au club : son implication dans ce que l’on a appelé l’affaire Vanden Borre, les prétentions qu’il avait émises dans le cadre du renouvellement de son contrat, sa peu enthousiasmante saison 2014-15 et l’émergence de jeunes gardiens formés au club, qu’il aurait contrée en prolongeant pour trois saisons étaient autant d’arguments plaidant pour son départ. Proto n’était pas toutefois pas seul en cause : presque mis au rancard, Kaminski est l’auteur d’une saison honorable à Courtrai, tandis que Bossin a aussi dû lui aussi renoncer à ses ambitions Mauves ; pour beaucoup, au sein du club, il était intolérable de voir Roef et Svilar suivre le même genre de chemin de croix. D’autant plus que s’éloignait au fil du temps, la perspective de réaliser une plus-value financière intéressante sur le contrat de Proto, lequel, rappelons-le, n’est jamais parvenu à se faire considérer comme le meilleur gardien de but belge – alors qu’au Sporting, depuis toujours, ‘le meilleur est juste assez bon pour nous’.

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On sait comment Weiler finit par résoudre le problème en titularisant Frank Boeckx, un gardien sûrement moins doué intrinsèquement que Roef, mais nettement plus expérimenté et surtout, disposant de la grande gueule qu’il faut pour coacher valablement une défense qui, soudainement, retrouva la confiance qui lui manquait.

Le départ de Defour. Apparemment pas inscrit dans le script, le transfert brutal de Defour contraria singulièrement les plans de Weiler : qui allait arracher les ballons à l’adversaire ? Tielemans ? Trop tendre, pas assez attaché au boulot défensif. Dendoncker ? Moui, mais il n’a pas la mentalité de roquet parfois peu soucieux d’élégance que Defour développait. Doumbia ? Encore bien jeune et malheureusement rapidement blessé et pour une durée toujours indéfinie.

Weiler tenta de résoudre le problème en positionnant Tielemans et Dendoncker plus bas, mais ce faisant, il étira les lignes du jeu anderlechtois avec pour conséquence, pas mal de passes faciles manquées dans l’entrejeu où on avait évidemment du mal à éviter les jaillissements de l’adversaire.

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C’est Roger Vanden Stock qui résolut le problème, en forçant pratiquement le transfert d’Adrien Trebel – que pratiquement personne n’avait imaginé voir en Mauve. Il est encore tôt pour affirmer que le Français réussira à s’imposer au Sporting. Toutefois, tant son entrée au jeu contre Saint-Trond que sa prestation à Westerlo incitent à l’optimisme.

Les difficultés à marier Hanni et Stanciu. Le football est fait de modes. Ainsi, on aime pour l’heure, faire évoluer un droitier à l’aile gauche « pour lui permettre de rentrer dans le jeu aux abords du rectangle et de balancer une pêche avec son bon pied ». La réussite d’Éden Hazard dans ce rôle n’enlève rien à son caractère de mode : un jour, quand les arrières d’aile auront tout pigé de la façon de contrer un droitier évoluant à gauche et vice-versa, un entraineur rappellera à tout le monde qu’aller à la ligne de fond avant d’adresser un centre en retrait millimétré au moyen de son bon pied est aussi une arme létale.

Quoi qu’il en soit, au Sporting, Weiler n’a pas trop le choix : il doit décaler Hanni ou Stanciu – voire même les deux – sur une aile ou les asseoir sur le banc, ce à quoi il ne peut se résoudre car il s’agit clairement de joueurs à même d’apporter une plus-value intéressante à l’équipe. Avec des bémols : venant de Malines, le Français a éprouvé des difficultés à se faire à la cadence des matches disputés par le Sporting. De son côté le Roumain n’a pas été plus à la fête : il a avoué de lui-même avoir été surpris par le rythme du jeu en Belgique – eh oui, la Pro-League commence à recueillir les fruits du système de play-offs couplé à la production effrénée des centres de formation.

Le grand chambardement. On se rappelle que l’été 2016 fut marqué par de nombreux transferts au Sporting, dans un sens et dans l’autre.

Cela en heurta pas mal mais d’une manière ou d’une autre, c’était probablement nécessaire, pas mal de joueurs semblant avoir quelque peu perdu la foi, ou du moins, avoir besoin de nouveaux défis. Dans la foulée, Herman Van Holsbeeck décida d’embaucher un entraineur dont bien peu avaient déjà entendu parler, mais qui se révéla doté d’une forte personnalité. Je t’en ai déjà parlé, ma répétitive, ma ressasseuse, ma redondante, le Suisse est un personnage assez particulier dont le moins que l’on dira est qu’il sait très bien où il veut mener son groupe : « auf der Spitze der Welt », rien que cela.

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Pour ce faire, René Weiler ne lésine pas sur les moyens : en bon Schweizi, il considère que soit on fonctionne avec lui et comme il l’entend, soit on dégage. Sa politique ‘carrée de chez carré’ a déjà fait grincer quelques dents, y compris dans les plus hautes sphères du Sporting, mais chacun reconnait désormais qu’il a formé un groupe de plus en plus soudé et solidaire.

On ne sait pas jusqu’où cela va nous mener. Pour avoir quelque peu cerné le personnage, on n’a toutefois pas le sentiment qu’il acceptera que certains des joueurs fassent comme l’année dernière, l’impasse sur l’Europa League. Et on ne croit pas non plus qu’il tolérera une déclaration en fonction de laquelle « Il est mieux de gagner le championnat que l’Europa League » : Weiler est un gagneur pur et dur et même si son association avec Frutos peut paraitre quelque peu contrenature, le grand Nico est fait du même bois.

 

Alors que tout cela faisait que l’on vivait une saison où le Sporting, un peu comme à l’habitude, alternait l’honorable – surtout lors des rencontres européennes – avec le détestable – surtout avant les matches européens –, Weiler fut sauvé par la trouvaille extraordinaire de la saison, que je ne te ferai pas l’injure de te nommer, ma fanatique, mon inconditionnelle, mon émerveillée.

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On eut trop longtemps le sentiment – probablement justifié – que le Polonais était un peu l’arbre qui cachait la forêt. Et par la même occasion, on devine que du côté du staff anderlechtois, on dut se ronger quelques ongles à l’idée que Teo pourrait se blesser et en devant constater qu’en dépit de ses qualités propres, Harbaoui ne paraissait pas en mesure de prendre sa relève.

Puis soudain, les choses se mirent à bouger : une fin d’année 2016 au cours de laquelle les Mauves alignèrent trois victoires de rang, suivie d’un début 2017 marqué par deux succès consécutifs et par des progrès sensibles dans la qualité du jeu produit. À l’exception probable de la rencontre face à Saint-Trond où Weiler été allé un peu trop loin dans ses expérimentations en alignant Chipciu à gauche et Bruno à droite alors que ces deux joueurs venaient de disputer de nombreux matches de l’autre côté.

 

Ce mercredi soir à Westerlo, tout fonctionna presque merveilleusement durant une heure, avec un jeu chatoyant et agressif couplé à l’efficacité phénoménale développée par le Sporting cette saison (fruit au moins partiel du travail de Frutos ?).

Par la suite, la gestion du match à 2-4, souffrit encore d’imperfections et d’un manque de discernement dans la façon de jouer qui nous auraient coûté cher face à un adversaire de meilleure qualité – un peu comme quand on se fit rejoindre puis dépasser par Saint-Étienne le jeudi 8 décembre 2016.

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Mais ne faisons pas la fine bouche : tout va – presque – pour le mieux avant de recevoir le Standard ce dimanche. Ce qui ne m’empêche pas de rester, comme les habitants de Fosses-la-Ville, quelque peu sceptique pour la suite. Encore que je garde beaucoup d’aisance, comme les Chinels – lesquels sont toujours très polis, on s’en serait douté.

 

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