02/01/2017

Cinq livres qui ont changé ma vie...

Depuis quelques jours, parait régulièrement sur ‘DeRedactie.be’, un article intitulé ‘De vijf boeken die het leven van ... hebben veranderd’. Amusé de remarquer les différences qui se marquent en fonction de la personne concernée, j’ai décidé de me prêter moi aussi à ce jeu. Que l’on soit bien d’accord toutefois : dans tout ce que j’ai lu à ce jour, ce ne sont certes pas les seuls ouvrages qui m’ont plu. Il serait d’ailleurs fastidieux de faire le compte de ces derniers... à un point tel qu’il me serait probablement plus facile de lister ceux qui m’ont cassé les pieds – à commencer par celui que je suis en train de terminer un peu à la cravache et qui n’est autre que le très encensé ‘Vernon Subutex – Tome 1’ de Virginie Despentes. Bien fait pour moi, de toute façon, je n’avais pas besoin de me laisser prendre au charme sulfureux de la couverture : en règle générale, les bouquins écrits par un mec et dont le personnage principal est une nana, me donnent des boutons, et vice versa. Que la femme et l’homme soient égaux, n’implique pas qu’ils ne sont pas différents – déjà qu’il faut neuf mois à une nana pour faire un gosse, alors que pour un mec, c’est l’affaire de trente secondes (d’inattention ?)...

 

Sexus – Henry Miller (Buchet-Chastel 1968), lu en 1970.

Cinq livres qui ont changé ma vie 1.jpgPremier tome de la trilogie autobiographique appelée ‘La Crucifixion en Rose’, cette brique de près de mille pages m’a attiré au départ à un simple motif : le bouquin était interdit en France. J’avais déjà lu, en Poche, Plexus et Nexus, dont le ton résolument malade m’avait plu. Il ne manquait plus qu’une chose pour faire mon bonheur et elle ne tarda pas à se produire : ma petite amie de l’époque venait de trouver de l’embauche dans une société qui importait de France, les bouquins édités par Le Seuil, Robert Laffont, Albin Michel, Stock et... Buchet-Chastel. Elle parvint à m’avoir un exemplaire de Sexus en ‘Service de Presse’...

Parfois décousu à un point qu’il faut s’accrocher pour suivre, parfois fastidieux, parfois aussi dingue que le plus taré des bouquins de Charles Bukowski, Sexus changea ma façon d’appréhender la lecture : non, il n’y avait pas que Bob Morane, James Bond ou San Antonio ! Il y avait aussi “ça” ! Et non, il n’y avait pas sur terre, que des gens bien comme il faut comme mes parents bienaimés et ma chère grand-mère, il y avait aussi Henry Miller ! Né en 1891, il était plus âgé qu’eux. Mais il était aussi plus jeune, complètement marteau et d’une insouciance affolante – peut-être parce qu’en tant qu’Américain, il n’avait pas connu les horreurs de la guerre.

Par la suite, je lus aussi ‘Tropique du Cancer’, considéré comme le chef d’œuvre de Miller – mais qui me laissa sur ma faim –, ainsi que le bien scandaleux ‘Jours tranquilles à Clichy’, dont un téméraire se hasarda à tirer un film (Quiet Days in Clichy, 1970) qui marqua tellement peu la mémoire collective que Claude Chabrol décida en 1990, que le moment était venu de faire les choses un peu mieux.

D’une façon générale, lire Sexus est une arme à double tranchant : après cela, toutes les autobiographies qui me tombèrent entre les mains me parurent fades et nombrilistes.

 

Do It ! – Jerry Rubin (1970)

Cinq livres qui ont changé ma vie 2.jpgDécidément, Éliane faisait bien les choses : m’ayant vu lire successivement ‘On the Road’, puis ‘Desolation Peak’ de Jack Kerouac – in English, please ! –, elle me ramène ‘Do It !’, sous-titré ‘Scénarios de la Révolution’ et préfacé par Eldrige Cleaver, membre connu des Black Panthers – réputé parallèlement pour être sérieusement fêlé, d’ailleurs.

D’une façon générale, ‘Do It !’ n’est pas un livre construit, mais plutôt un ensemble d’anecdotes plus ou moins bien contées, le tout parsemé de phrases-chocs comme « Une société qui abolit toute aventure, fait de sa propre abolition la seule aventure possible » ou encore « Nous troublons le sommeil sans rêves de l’Amérike ».

En décrivant la manière de laquelle il combat l’establishment et ses valets, Rubin fait rigoler. À de nombreuses reprise, on se dit que ce n’est pas possible, qu’il n’a pas fait ça – par exemple, présenter la candidature d’un porcelet aux élections –, mais si, il l’a fait. Il l’a fait, et il en a fait bien d’autres, devenant un modèle duquel se sont réclamés pas mal de soixante-huitards alors qu’en mai 1968, il n’était connu que des initiés.

Par la suite, Rubin opérera, comme Cleaver, un incroyable revirement à droite en se lançant avec succès dans les affaires, au grand étonnement de tous. Il n’empêche : si un type comme lui pouvait revenir pour secouer un peu la société coincée du cul dans laquelle nous vivons pour l’heure, il aurait ma bénédiction, urbi et orbi !

 

La Mémoire dans la Peau – Robert Ludlum (1980)

Cinq livres qui ont changé ma vie 3.jpgAcheté au départ comme un roman de vacances, ‘The Bourne Identity’ me rendra fou. Pour son dixième roman d’espionnage, Ludlum est au sommet de son art : bien que plusieurs de ses ouvrages précédents vaillent le détour, il n’a jamais été aussi bon. Et il ne sera jamais meilleur, s’enferrant parfois ensuite dans des intrigues d’une complexité embarrassante tout en sentant assez bizarrement le déjà vu. Portée à deux reprises à l’écran, ce chef d’œuvre de suspense en a souffert pas mal : si la première version (1988) est relativement fidèle au livre de Ludlum, elle pâtit indiscutablement de la mollesse de l’interprétaton de Richard Chamberlain dans le rôle de Jason Bourne. Sous les traits de Matt Damon, c’est évidemment nettement plus musclé, mais malheureusement, le film d’action signé Doug Liman (2002) ne reprend que quelques éléments du bouquin, privilégiant la bagarre et les poursuites en voiture au détriment du drame intérieur vécu par cet amnésique pourchassé par un tueur comme par ses propres commanditaires.

 

La Vieille qui marchait dans la Mer – Frédéric Dard (1988)

Cinq livres qui ont changé ma vie 4.jpgJe sais parfaitement que ce bouquin magnifique a été publié sous le pseudonyme de San-Antonio. Et je trouve cela regrettable : non seulement, le célèbrissime commissaire n’y apparait même pas au coin d’une page, mais de plus, aucun des tics d’écriture auxquels Dard se laissait parfois aller dans ses San-A., ne vient ternir le plaisir que l’on éprouve à lire cette arnaque hilarante et grinçante, écrite dans une langue d’une élégance et d’une richesse à couper le souffle.

Dire que cette Vieille – qui prendra les traits de Jeanne Moreau dans le très bon film éponyme de Laurent Heinemann (1991) – a changé ma vie ne sera jamais qu’une litote : alors que j’ai toujours rêvé d’écrire, la lecture de ce livre m’en guérira pour très longtemps. Comment en effet, imaginer parvenir ne serait-ce qu’à la cheville de ça ?

 

 

Common User Access – IBM (1989)
Advanced interface design guide.

Mettons les choses au point pour les distraits : si d’une part, les insomniaques apprécieront, de l’autre, on parle bien des livres qui ont changé ma vie !

Lorsqu’en 1984, en provenance des unités centrales aux allures de bahuts bretons, je prends le virage de la micro-informatique, le software pour PC a hérité des tares de ses ancêtres : ce sont bien entendu les analystes et les programmeurs qui dessinent les interfaces utilisateurs et en l’absence quasi-totale de guides ou de règles, chacun fait comme il le sent. Ainsi, dans certains logiciels, il faut taper sur ‘Escape’ pour charger un fichier, dans d’autres c’est une touche de fonction qu’il faut activer, etc.

Réalisé en majeure partie sur base des travaux de recherche effectués à Palo Alto dans les laboratoires de Xerox, ce guide de 220 pages (hors index) bouleversera tout cela en jetant aux orties les écrans non graphiques à fond noir – résolument à l’opposé de la feuille de papier qui nous est si familière –, articulant les menus de choix en fenêtres déroulantes au départ d’une poutre située dans le haut de l’écran et s’adressant à l’utilisateur au moyen de boites de dialogues.

Tout cela était bel et bien, mais malheureusement, la plupart des ordinateurs disponibles dans le commerce – y compris ceux que proposait IBM – n’avaient pas la puissance requise pour supporter ce genre de programmes.

Une relation me proposa alors de développer un ensemble d’outils pour lui permettre de créer une version de son logiciel comptable qui serait conforme aux prescrits du guide mais qui fonctionnerait sous DOS – Windows n’en était qu’à des balbutiements sympathiques mais peu fonctionnels. Je ressortis mes vieux manuels d’assembler d’une caisse et je me lançai dans l’aventure avec enthousiasme ! Je n’abandonnai le développement de logiciels que plus de vingt ans plus tard... et en regrettant profondément qu’au fil du temps, de nombreux développeurs trouvèrent judicieux de prendre beaucoup de libertés avec ce qui devrait rester une bible pour eux. Plus de détails pour les intéressés, ici.

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