02/11/2016

Mixed Zone : Un club de traditions

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Je ne suis pas du genre à te mentir, ma loyale, ma fidèle, ma sincérité incarnée : je me suis pris une tanne dimanche. À la bière. Et j’avais entamé ma cure bien avant que le match ne commence : je m’étais tout simplement dit que pété, ça passerait plus facilement... ou en tout cas, pas plus difficilement qu’à jeun.

Le Sporting est en effet, un club de traditions : devant les petites équipes, et à quelques encablures d’une rencontre européenne, on ne joue pas, on attend que ça passe. Quand, à la 30ème seconde de jeu, un arrière de Beveren essaie d’arrêter Teo et se prend un carton rouge, on a commandé une nouvelle tournée, et bien tassés, s’il vous plait ! Car le Sporting est un club de traditions : plus un match sera facile à remporter, plus on va laisser faire les autres. Le surmenage, c’est mauvais, surtout à une poignée de journées d’une joute européenne prestigieuse, où il y aura des caméras partout et des margoulins plein les tribunes, car un bon petit transfert bien juteux, ça ne se refuse pas. Puis, même si on n’est pas intéressé, un contact peut constituer un argument intéressant pour débarquer dans le bureau d’Herman et demander une augmentation...

Ceci dit, il n’y a pas qu’au Sporting que des traditions existent : il y en a des tonnes partout, et surtout dans les villages de montagnes. Là, les traditions, on sait ce que c’est : un coup de blanc à l’apéro, puis encore un, car bosser dans les alpages, ça donne soif, puis, une chose en entrainant une autre, bref tu m’as compris...

Je connais la Suisse. J’y ai quelques amis. On a des traditions évidemment, et eux aussi, ce qui fait que nous sommes légèrement différents sur le plan de notre manière de penser. Ce n’est pas surprenant : nos biotopes ne sont pas les mêmes... Mais pour le reste, tout va bien : on a trois langues nationales, eux en ont quatre (on oublie souvent le romanche, une vieille langue celtique qui ressemble vaguement à du West Flemsch prononcé avec l’accent limbourgeois, amuse-toi pour y piger quoi que ce soit), et le tout colporte le même genre de clichés que chez nous – les Francophones sont feignasses et peu rigoureux, les Flamands et les Alémaniques sont réactionnaires et psychorigides, cependant que, d’un côté comme de l’autre, les Italiens font bien la cuisine !

René Weiler est un Schweizi comme on les appelle là-bas. Tu ne lui diras pas sinon il va m’en retourner une la prochaine fois qu’on se verra, mais on peut donc être assuré que parmi les traits de sa personnalité figurent certainement la rigueur et le pragmatisme. Et que parallèlement, il est probablement aussi porté sur le mélange football-romantisme que moi sur la partouze homosexuelle, pour te situer...

Je pense sincèrement que la personne qui lui a probablement raconté, à l’issue de la pantalonnade de Beveren, que, “Ça ne se serait pas passé comme ça avant” aurait mieux fait de s’abstenir : comme il l’a expliqué lors de l’interview particulièrement acide qu’il a accordée à la télévision après le match, les traditions, il s’assied dessus. Et pour bien exprimer le fond de ma pensée, il a entièrement raison : il n’a pas été embauché pour se pencher avec componction sur le passé, mais pour s’occuper du présent et de l’avenir.

Si en plus, il devait savoir... Car je te rappelle que, durant la période la plus riche de son histoire – de 1975 à 1980 –, si le Sporting disputa pas moins de trois finales européennes consécutives et en remporta deux, en six saisons, il ne gagna pas le championnat, et ne s’adjugea la Coupe qu’une malheureuse fois !

Donc, quand René Weiler peste en public contre la “tradition du beau jeu, du football dominant, du plaisir des yeux” et j’en oublie sûrement, le fétichisme ne connaissant guère de limite, je ne peux que lui donner raison : ce n’est pas avec un passé, bien idéalisé comme tous les passés, qu’on va gagner des matches. Et ce n’est certes pas en s’attachant à vouloir voir jouer un football d’un autre âge qu’on va faire avancer les choses dans la direction opposée à celle qu’ont suivie tant d’autres clubs de traditions dont on parle désormais au passé ou avec une petite moue d’apitoiement bien condescendante.

 

Dès lors, vas-y, René ! Rentre-leur dedans avec leur nostalgie casse-couilles et leurs manières agaçantes d’ex Miss Europe. Et surtout n’y va pas avec le dos de la cuiller : on est bientôt au cinquième du XXIème siècle, putain, ils vont encore pleurnicher longtemps sur l’arrêt Bosman ?

Tant que tu y seras, pense aussi à secouer un peu les plumes de ces drôles d’oiseaux qui se sentent déjà arrivés alors qu’ils n’ont encore rien gagné ! Qu’au moins, on ait droit à un minimum de rythme, parce que ça, ce fut réellement honteux dimanche ! Sauf au bar, où ça défilait vachement plus vite...

Mais surtout, oui, surtout : qu’on oublie ce foot champagne d’une époque désormais largement révolue durant laquelle on battait le Real 1-0 et Beveren 7-0. Les centres de formation tournent désormais à plein régime. Le Real les écrème, mais cela n’empêche pas Beveren de se fournir aussi en joueurs intéressants. Or, si l’écart qualitatif global se réduit entre Beveren et le Real, peut-être reverra-t-on plus tôt que prévu, le temps où le Sporting battait le Real par 1-0. Mais pour cela, il faudra qu’on soit efficace, et qu’on pratique un foot du même tonneau dans le cadre d’une structure qui ne lui cèdera en rien !

Je vais te dire un truc René : fais évoluer ce club vers quelque chose qui aurait sa place en Bundesliga comme tu rêves de le faire, et tu auras tous les supporters à tes pieds. Mais comment dire... Est-ce que « Bon courage ! » serait suffisant ?

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