08/10/2016

Vafanculo !

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Tu sais comment va la vie, ma vieillasse, mon élimée, ma décatie : à certains moments, des priorités se font jour, et il t’incombe absolument de les rencontrer, quitte à devoir laisser tomber provisoirement certaines choses que tu aimais bien et bla-bla-bla. Là-dessus, je jette un coup d’œil à ma montre, je quitte ma chaise de bureau, je fais quatre pas et demi et je me laisse tomber dans le fauteuil qui regarde la télé même quand elle est éteinte : j’ai toujours aimé le sport.

De plus, ce vendredi soir, en tant que patron j’ai dit oui même si le boss nie.

Je te causerais volontiers du match mais hélas, il n’y en eut pas vraiment un. Il suffit d’un changement tactique rapidement imposé par la blessure de Jordan L., pour que les Bosniens n’y pigent plus rien et que, dans une tentative désespérée de simplifier la situation, ils se fendent même d’un auto-goal. Le reste coula de source, avec un Hazard bien libéré par l’absence de KDB, un Mertens du même tonneau et un Romelu – sifflé par le public débile à la sauce rouche de honte pour un loupé après un sprint de 90 mètres – exerçant un pressing éreintant mais efficace sur les arrières bosniens.

Je cite des noms, mais c’est juste comme pour dire, car cette fois, on n’a personne à retirer du lot : même Witsel a mouillé son maillot, c’est dire si Martino Robertez a déjà apposé sa griffe sur ce groupe qui ne l’attendait que depuis trop longtemps, amen.

C’est au repos qu’un puissant jet de bile me jaillit de l’estomac pour aller s’écraser sur la télé... Quoi ? Oui, désolé, je sais bien que c’est la tienne mais rassure-toi : j’ai nettoyé le plus gros pour pouvoir voir la 2ème mi-temps ; puis j’irai t’acheter un stock de cotons-tiges pour les petites fentes des haut-parleurs, c’est un peu plus cher que les cure-dents mais c’est plus efficace.

Hmm ? Pourquoi j’ai dégueulé de la sorte ? Eh bien, figure-toi que j’ai regardé les 45 premières minutes sur la RTBF. Seulement, avant que les 120 kilos de Philippe Albert ne débarquent dans ton salon, ils t’envoient une chiée de publicités toutes plus casse-bonbons les unes que les autres. Aussi basculai-je sur la VRT – là, c’est le commentaire de Frank Raes qui me pèle le jonc – où il n’y a pour ainsi dire pas de pub et où en plus, on avait droit à Jan Mulder et à Wesley Sonck, lesquels ont quand même une classe au-dessus de tout le reste, désolé pour le reste en question. J’avais à peine zappé, toutefois, que vlan, ils affichent la tronche d’Imke Courtois à l’écran ! Disons-le tout net, j’ai rien contre cette jeune femme. Mais bon, j’ai pas non plus énormément pour, surtout qu’elle joue au Standard. En revanche, était-ce vraiment le moment de s’afficher revêtue du training – certes officiel, mais merde, quoi ! – frappé du logo d’ING ?

Parce que les putains de banques, je les connais, exactement comme tout le monde sait que si on devait, nous, faire comme elles, c’est-à-dire rembourser les clients qui le demandent avec le fric qu’on gagne sur le dos des autres, il y a déjà longtemps qu’on serait en taule. On peut appeler ce système comme on veut, de la cavalerie à la pyramide, on n’arrivera pas à trouver un mot qui sentira moins mauvais que l’autre.

Mais figure-toi que je connais un autre truc aussi : ce que l’on a désigné sous le vocable de ‘digitalisation’ et qui en réalité, répond en bon français, à celui de ‘numérisation’. Il s’agit là, d’un ensemble de principes simples à piger même pour toi, mon érudite, ma savante, ma co-sciente intélèque : le boulot dont se chargeait avant, un guichetier bougon, c’est désormais toi qui te le tapes au moyen d’un ordinateur ou d’une smartphone que tu as payés, et d’une connexion internet pour laquelle tu raques pareillement. Ce qui est particulièrement sympa dans le truc, c’est que non seulement, c’est toi qui fais tout le boulot, mais qu’en plus, tu douilles pour, et doublement car ces sagouins ne sont même pas honteux de te facturer mensuellement, un forfait d’« accès internet », comme ils disent.

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Regardons les choses en face : on va vers une société où tu t’enverras toutes sortes de petits boulots du même tonneau, du genre pointer toi-même tes achats à la sortie du supermarché, composer toi-même ton menu au moyen d’une carte numérisée dans ton restaurant préféré, comparer toi-même différentes destinations de voyage avant de faire le nécessaire afin de te réserver un hôtel et ton billet d’avion, etc. Il n’y en a plus pour longtemps avant que, quand tu demanderas un taxi, c’est un véhicule sans chauffeur qui viendra te chercher, quand tu voudras t’acheter des fringues, ce ne sera plus que par le net, idem pour de l’électronique, pour des meubles pour de la bouffe, pour du PQ, pour tout, quoi ! Plait-il ? Euh... Faut voir, mais a priori, je ne situe pas bien l’avenir des commerçantes de la rue d’Aerschot, en effet...

Globalement, cela signifie que de moins en moins de gens travailleront dans un avenir en train de se rapprocher de plus en plus vite. Et que donc, on s’achemine vers un modèle de société différent, dans lequel la norme sera d’être au chômage. Tu dis ? Ben ouais, mais faut voir les choses comme elles doivent être vues : travailler, ça fait chier, et pas que les feignasses ! Putain, un tiers de ta vie passé à dire amen à des cons que tu n’oses pas envoyer à la merde car il te reste encore dix ans à rembourser sur ton appart’, deux sur la Twingo que ta copine t’a pétée il y a trois mois, et un sur la télé sur laquelle tu peux plus mater que des DVD car tu as oublié les factures de Proxivootelenorange depuis trop longtemps...

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Prolétaire, est-ce vraiment une vie ? La réponse est non. Mais pour que ne rien faire soit enfin bien considéré, il faudra d’abord prendre des mesures drastiques contre ceux qui sont tes ennemis, ceux pour qui tu coûteras toujours trop cher.

Or, par un hasard curieux, l’impôt des sociétés n’aura jamais été aussi bas en Belgique que d’ici peu... Pourtant, tu sais parfaitement comment cela se passera quand tu seras payée à ne rien faire, dans la norme du futur : ce seront les profits des sociétés qui te financeront. Et tu n’es pas la seule à savoir cela, raison pour laquelle il importe à tous ces gros radins, grippe-sous et autres cupido-avides, de démarrer l’ensemble du processus au taux le plus bas.

Face the fucking truth : les enculés te préparent sournoisement le monde de demain alors que toi, tu n’es qu’innocence soi-disant défendue par des attardés façon Marc Goblet... Désolé, mais les draps dans lesquels tu te trouvent ne sont pas beaux.

 

En attendant, Caterpillar a lancé un ultimatum au personnel qui sera jeté à la rue d’ici peu : « Produisez un peu convenablement, sinon on arrête tout, tout de suite ! ».

Je ne sais pas comment ces gens vont réagir et je n’ai aucun conseil à leur donner. Mais franchement, on me sort un truc pareil après m’avoir expliqué que j’allais me retrouver dans la merde dans un avenir scandaleusement proche, moi, leur fabrique qui ne sert plus à rien, leur morgue écœurante et les banques dans lesquelles ils entassent leurs profits puants, j’y fous le feu, et avec les allumettes grosses comme ma bite !

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