09/06/2016

09/06/16 : 30 jours acculés - II - L'homme trouve ses vraies valeurs dans le travail

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Il est déjà d’une humeur massacrante avant même d’arriver au bureau : non seulement, il sait ce qui l’attend en ce jeudi 9 juin, mais de plus, depuis quelques jours, la température extérieure s’est considérablement élevée et il sue. Sous son veston – le bleu pâle avec des petits points vermillon dedans, celui d’été – il sent la moiteur de ses aisselles, qui ne va pas tarder à décorer d’auréoles peu ragoûtantes, sa chemise jaune, celle qui fait râler sa femme quand elle soit la repasser.

Le côté positif, c’est que dès lors, il la jettera négligemment au linge sale en rentrant, et que cette grosse conne sera de nouveau obligée de se la farcir.

Il s’assied à sa table de travail. Un coup d’œil, de biais vers la fenêtre qui donne sur la cour où le dirlo parque sa Mercédès... Merde ! Un connard est allé mal ranger un dossier qui s’est effondré et va l’empêcher de visualiser le reflet de l’entrejambe de cette salope de Lutgarde – une Flamande dotée de lourds cuisseaux qu’elle a tendance à écarter généreusement quand elle s’applique à décompter les fiches qu’il lui reste à traiter.

Il hésite. Regarde autour de lui, en hypocrite... Personne ne prête attention à lui.

Il se lève et va redresser ce fichu dossier : la fille est moche et sa chatte doit être à l’avenant, mais sa vie de merde lui a appris à se satisfaire de riens... D’ailleurs, et même si elle ne ressemble à rien de comestible, avec la tonne de nichemards qui lui dévalent sur le boudin de la panse, il s’est déjà pris une érection ou deux en rêvant qu’il la prenait debout dans les chiottes. Par derrière évidemment, parce qu’avec la gueule qu’elle se trimballe...

–    Fidèle au poste, à ce que je vois, Marchandise !

La voix de fausset du chef de bureau le tire de sa rêverie pornographique de bas de gamme.

–    Bien sûr, monsieur ! », lève-t-il les yeux sur ce petit con, toujours tiré à quatre épingles et qui se croit sorti de la cuisse de Jupiter au motif qu’il a fait quelques années d’études de plus que les autres. « Vous aussi, constaté-je ! »

–    Comme de bien entendu ! », lui sourit l’autre, avantageux. « Qu’est-ce que nous avons au planning pour aujourd’hui ? »

–    Un appartement de Jette qui a servi aux auteurs des attentats de...

–    Ouais bon, pas le top, ça, hein, Marchandise ! », le coupe négligemment cet enfoiré. « Tout le monde en a plein le cul de la sinistrose. En plus, si ça tombe, c’est un de nos lecteurs qui est le proprio des lieux !

« On va titrer sur le foot : ça commence demain, je vous le rappelle ! »

Ça n’allait pas louper, bien entendu ! Il retient un soupir.

« Qu’est-ce que nous avons là-dessus ? »

–    Pas grand-chose », tente-t-il vaguement.

–    Ah ? Même pas une petite blessure ?

–    Une conférence de presse de Wilmots à midi et demie », lit-il sur son écran. « Ainsi qu’un concert de David Guetta ce soir... »

–    Un concert ! », s’esclaffe Berlu. « Vous prenez Guetta pour Chopin ?

« Sans blague ! On dit “un show”, Marchandise, on n’est plus au XIXème siècle !

« À quelle heure il commence son barnum, ce clampin ? »

C’est écrit en petit. Il faut qu’il chausse ses lunettes de lecture – celles qu’il laisse au bureau et qui sont rafistolées avec du chatterton.

–    À vingt-trois heures, sur TF1, monsieur.

–    Putain, c’est tardif, ça... Trouvez-moi un joueur qui est fan de Guetta et inventez un truc du style “Wilmots interdit Machin de télévision ce soir”.

« Brodez sur la nécessité pour les sportifs d’aller dormir à une heure raisonnable et blablabla !

« Grouillez-vous, que ça soit publié pour niquer la conférence de presse dont vous avez parlé : on n’a pas les droits là-dessus. Rien d’autre ? »

–    Ceux qui font l’ouverture du conc... du show : Louane, Kendji Girac, Florent Pagny...

–    Kendji Girac ! Excellent : faites-nous un rappel des huées qu’il a essuyées à la finale de la Coupe de France !

–    Bien, monsieur », se résigne-t-il en se disant qu’il va devoir faire preuve de doigté : sa femme adore ce chanteur à la noix et si elle devait remarquer qu’il l’a un peu trop chargé, il aurait de nouveau droit à une scène de ménage couplée au bien connu syndrome des jambes serrées.

En causant de ça, il jette un regard furtif vers le reflet dans la vitre...

 

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C’est tout flou, putain de lunettes !

Il a un geste pour s’en débarrasser, puis se dit que si quelqu’un l’observe, il va trouver ça curieux...

 

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