09/06/2016

07/06/16 : 30 jours acculés - I - Que va-t-il se passer ?

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Elle. Une blonde entre deux âges et entre deux poids. Mais plus proche du deuxième, les deux fois. Presque démaquillée, elle ne s’est pas pour autant débarrassée de la choucroute fortement laquée qui lui orne le crâne. Elle soupire...

–    Il n’y a jamais que des catastrophes partout... Je crois que je vais aller me laver les dents et me coucher.

À la télévision, des images dites chocs, dont la plupart furent visiblement prises à l’aide de smartphones, montrent les flots d’eau qui ravagèrent différents endroits du pays en ce 7 juin.

Lui. Le cheveu grisâtre et rare, la bedaine vaguement masquée par un t-shirt informe.

–    Tiens, fais les miennes aussi », lâche-t-il en se débarrassant d’une prothèse dentaire ayant connu des jours moins riches en débris alimentaires de toute sorte.

Elle regarde l’objet en pinçant les narines, sans dire un mot. À quoi bon, d’ailleurs ? Depuis le temps qu’il la connait, il doit savoir lire ses pensées sur son visage.

« Fais chier, putain », râle-t-il en lui-même tout en se remettant le clapoir en place. « Pour une fois que je lui demande quelque chose ».

Elle se lève ; résiste à la tentation qui la gagne, de pousser sur le bouton rouge de la télécommande.

–    Tu comptes encore trainer longtemps devant cette télé ? », lui demande-t-elle sur un ton agacé, plus pour éviter de le voir s’effondrer devant les images redondantes qui ne vont pas manquer de lui défiler devant le blair que parce qu’elle rêve de s’endormir à ses côtés – et sûrement pas dans ses bras : ils n’en sont plus à ce stade depuis longtemps.

–    J’en sais rien », bougonne-t-il. « Autant en profiter tant qu’il n’y a pas encore de football... »

Elle hoche la tête, imperceptiblement.

–    Ça commence quand, cette connerie ?

–    Vendredi, je te l’ai déjà dit.

–    Vendredi... », répète-t-elle avec un regard de reproche vers la télé. « Tant pis, je vais quand même me coucher ».

Elle se penche vers lui. Son peignoir s’entrebâille sur sa forte poitrine mais il est incapable de profiter du point de vue : sur son nez, trainent les lunettes qu’il chausse pour regarder l’écran. Autant dire que pour voir de près, il a le bonjour.

Ils échangent un bisou distrait. Plus par désœuvrement que par véritable envie, il lui mettrait volontiers la main aux fesses, mais il se retient : se faire envoyer sur les roses, il connait, merci bien.

–    À tout à l’heure. Ne t’endors pas !

Elle a raison de le mettre en garde, il en est conscient. Il sait qu’elle est plus soucieuse de la facture d’électricité que de sa santé, mais soit... Il se lève pesamment.

–    Je te rejoins », fait-il en éteignant la gueule du speaker qui lui raconte pour la troisième fois qu’en Hainaut aussi, des caves ont été inondées.

Ils se déshabillent rapidement et se couchent.

–    Tu n’éteins pas la lumière ?

–    Si, bien sûr », repense-t-il à la facture d’électricité.

Il tente de lui sourire en se tournant vers elle...

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Lui en pyjama à rayures, elle en robe de nuit soyeuse, dans la pénombre orangée de la lampe de chevet... Que va-t-il se passer ?

17:24 Publié dans Blog, Délire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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